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Et si l’industrie automobile avait déjà tout inventé du Cloud ? (partie 2)
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Et si l’industrie automobile avait déjà tout inventé du Cloud ? (partie 2)

by Cloud Guru21 mai 2013

Il y a plus de 10 ans, à mon affirmation « votre métier c’est de construire des voitures », un constructeur automobile me rétorquait « non, notre métier, c’est de fournir des services de mobilité » !

Dans cette seconde partie, je vous propose de poursuivre notre analogie amusante entre l’industrie automobile et le Cloud computing en examinant 3 nouveaux aspects : le Low cost, le mode de consommation de l’automobile, et le catalogue des modèles et finitions.

Low cost

La guerre des prix dans le secteur automobile (comme dans d’autres secteurs) a mené à la création de marques dites « low costs ». Les véhicules développés par ces marques répondent à des besoins basiques de mobilité, à moindre coûts. Pour répondre à la contrainte de réduction les coûts, les constructeurs automobile ont recours à :

  • un design minimaliste (et sur ce point, les constructeurs ajustent le curseur notamment après l’expérience LOGAN qui a vu ses ventes freinées par un design trop minimaliste),
  • la réutilisation d’éléments déjà mis en œuvre sur des véhicules précédents (y compris des éléments visibles comme les rétroviseurs, commandes, etc.) dont la conception est déjà amortie, et les composants de mise en œuvres (moules, mais aussi procédures fiabilisées) existent déjà
  • de la main d’œuvre bon marché

article2_1C’est ce qu’on constate en 2013 dans le Cloud computing, lorsqu’on parle d’ «Infrastructure as a Service» (IaaS). Ces services proposant peu de valeur ajoutée ont tendance à se «commoditiser». Mais les consommateurs doivent bien prendre conscience de ce qu’ils achètent : des services basiques.

Dès lors, les DSI se doivent de proposer plus de valeurs à leurs clients, car elles ne gagneront pas la course du low cost face aux entreprises IT qui produisent elles-mêmes les composants de base (matériels et logiciels) et peuvent jouer sur les volumes et les marges de la maintenance associée.

Propriétaire, locataire, LLD, puis Autolib

Pour consommer de l’automobile, il existe traditionnellement plusieurs modèles :

  • Acheter un véhicule (avec ou sans prêt d’une banque)
  • Louer un véhicule pour un besoin ponctuel auprès d’un loueur
  • Location longue durée, avec éventuellement option d’achat à la fin de la période de location

Mais un nouveau modèle de consommation est apparu récemment :

  • Location en « self-service » comme Autolib à Paris par exemple

Selon ce nouveau modèle, un utilisateur peut « consommer » de l’automobile ultra-standardisée (1 seul modèle !) en étant facturé à l’usage (avec un abonnement).

Si on rapproche ce service de son cousin le Velib’ pour lequel le recul est un peu plus grand, on constate que la création d’un nouveau mode de consommation, en self-service, facturé selon la durée d’utilisation, a créé de nouveaux usages. En effet, les utilisateurs n’ont plus besoin de s’accaparer une « ressource » car ils savent qu’il y en a (en théorie) toujours une de disponible. Dés lors, il parait naturel de rendre la ressource dans le pool quand on ne l’utilise pas.

Cette expérience Autolib peut être directement reliée au Cloud computing en entreprise. Les utilisateurs valorisent un service disponible facilement et immédiatement, et s’accommodent des inconvénients de l’ultra-standardisation. Et s’ils savent que la ressource est disponible rapidement, les usages changent pour rendre cette ressources lorsqu’elle n’est plus utilisée, et encore plus si elle est facturée au temps d’utilisation !

Cette comparaison entre Autolib’ et le Cloud computing pose également le challenge du capacity planning. Le fournisseur doit anticiper les « lieux » de consommation des services proposés, et les provisionner en avance de la période de consommation. Pour ce faire, la mesure est essentielle car il faut savoir en temps réel l’état des ressources pour être capable d’en détecter une utilisation « aux limites ». Et plus on tend vers la « juste capacité », et plus les logiciels d’analyse prédictive intelligents deviennent indispensables au pilotage de la capacité. Imaginez-vous gérer l’approvisionnement des 1800 véhicules sur les 800 stations Autolib en fonction des flux des franciliens avec un tableau Excel ?

Egalement, la définition du « modèle ultra-standardisé » est à bien réfléchir, car une fois déployé à grande échelle, sa maintenance est loin d’être aisée.

Et également, on comprend avec cette analogie que le modèle standardisé « self-service » est différent d’un modèle classique. Il ne s’agit pas de mettre en self-service un modèle non prévu pour être consommé comme tel. Ce modèle doit être conçu pour être robuste, pour être facilement maintenable, pour être auto-communiquant, et surtout interchangeable rapidement. Car un des nouveaux usages constaté avec ces nouveaux modèles est qu’en cas de panne, il est beaucoup plus rapide de remplacer le modèle défectueux par un neuf, que d’essayer de le réparer !

Catalogue : de quelques finitions à l’ultra-personnalisation

L’industrie automobile a été l’une des premières à mettre en œuvre le « just in time » afin de minimiser ses stocks. Dans cette logique, il était important de minimiser le nombre de variantes possibles d’un modèle. Classiquement, 3 à 4 finitions étaient proposées, agrémentées d’un catalogue d’options facturées bien souvent à prix d’or.

Les processus de commande ont évolués, ceux de production également. Et les constructeurs ont perçu qu’il y avait de la place pour des modèles plus personnalisés (Mini, Fiat 500, Citroën DS3 par exemple). On ne parle plus alors de quelques finitions, mais de milliers de combinaisons possibles permettant l’ultra-personnalisation des véhicules commandés. Et cette personnalisation (reposant néanmoins sur un standard) se valorise !

Le Cloud computing démarre sur les mêmes tendances : quelques finitions (taille de VM, SLA), quelques options (niveau de résilience, image OS, logiciels). Mais l’ultra-personnalisation n’est pas encore arrivée jusqu’à l’IT. Comment se traduira-elle ?

  • portail Cloud aux couleurs de l’entreprise ? ou plutôt interfaçage du Cloud avec le portail des services de l’entreprise ?
  • prise en compte des standards de l’entreprise ? (déjà plus difficile !)
  • intégration aux processus de l’entreprise ? (ce sera certainement un besoin)

Cette tendance est à surveiller assurément !

Conclusion

Cette analogie amusante entre l’automobile et le Cloud computing nous montre des tendances communes. Vous pouvez vous amuser à faire la même analogie avec d’autres industries, tout aussi innovantes dans leurs modèles ! En tout cas, dans l’informatique d’entreprise d’aujourd’hui, la standardisation, la conception d’un catalogue de services orienté client, le développement de services de commercialisation IT, la montée en valeur des services offerts sont autant de sujets à traiter au plus vite. La roadmap Cloud est à définir dans toutes les DSI, pour se préparer au mieux à ces nouveaux challenges.

Matthieu Gross
Matthieu Gross est IT solutions Architect chez IBM. Il est chargé du Business Development pour les services d’infrastructure IBM Global Technology Services – secteur Finance

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Cloud Guru

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