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Et si l’industrie automobile avait déjà tout inventé du Cloud ? (partie 1)
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Et si l’industrie automobile avait déjà tout inventé du Cloud ? (partie 1)

by Cloud Guru14 mai 2013

article1_1Il y a plus de 10 ans, à mon affirmation «votre métier c’est de construire des voitures», un constructeur automobile me rétorquait «non, notre métier, c’est de fournir des services de mobilité» !

Dans cet article, je vous propose de faire une analogie amusante entre l’industrie automobile et le Cloud computing. Le but n’est pas d’appuyer le fait commun que le Cloud n’a rien inventé, mais plutôt d’essayer de voir quelles peuvent être les tendances futures du Cloud, en s’inspirant des directions prises par l’automobile.

La stratégie des plateformes

Depuis les années 70, les constructeurs automobiles, propriétaires de plusieurs marques, ont développé une stratégie de plateformes. Il s’agit de diminuer les coûts et de fiabiliser la production des véhicules d’une même « gamme » en développant une base commune. Cette base est la colonne vertébrale de la voiture, invisible pour ses utilisateurs : châssis, sous-bassement, train avant et arrière, etc. Sur la base d’une même plate-forme, un constructeur produit de nombreuses voitures de formes et d’usages différents (berline, monospace, SUV, voiture de sport). C’est par exemple le cas de Volkswagen qui utilise une base commune pour les voitures suivantes : Audi A3, Audi TT, VW Golf, VW Jetta, VW Eos, VW Tiguan, VW Touran, VW Scirocco, SEAT León, SEAT Toledo, SEAT Altea, Škoda Octavia. Ainsi, selon la taille de l’automobile, les constructeurs ont standardisés un nombre limité de plateformes.

On retrouve cette même logique dans le Cloud computing :

  • Mutualiser et donc rationaliser les coûts,
  • Standardiser, et donc augmenter la qualité,
  • Réutiliser et donc accélérer le « time-to-market »

Les plateformes de Cloud computing sont adaptées à certains types de workloads. Et ce qui est « invisible » pour l’utilisateur devient sujet à une certaine forme de taylorisation avec notamment la mise en œuvre de la meilleure façon de produire («the one best way »).

La pression du « time-to-market »

Dans les années 80, les modèles de véhicules pouvaient durer 8 ans sur le marché sans renouvellement majeur. De nos jours, la durée moyenne d’un modèle est de 4 ans, avec un rafraîchissement intermédiaire du design au bout de 2 ans. Non seulement la durée de conception a dû être raccourcie, mais la durée d’amortissement des couts de développement aussi !

Pour l’automobile, on imagine bien la difficulté à reconcevoir un modèle de plateforme depuis zéro, à construire la chaîne de production associée à chaque fois, et à adapter tous les composants qui doivent s’y greffer. Il faut encore former les ouvriers pour l’assemblage, déployer les pièces détachées, rédiger les consignes et la documentation pour la maintenance dans le réseau après-vente, etc. Oserais-je dire que dans l’automobile on ne souhaite plus réinventer la roue ? Il en va exactement de même dans l’informatique ! Le choix des plateformes est stratégique, d’autant plus que la pression des coûts / qualité / « time-to-market » augmente.

Tout comme le secteur automobile à partir des années 70, on retrouve dans le Cloud computing 40 ans plus tard cette nécessité de standardisation pour en obtenir les bénéfices escomptés. Ce n’est qu’une fois ce nécessaire effort de standardisation réalisé (et cela signifie qu’il faut accompagner les designers de l’IT à l’utilisation de ces plateformes !) que le gain en « time-to-market » peut être constaté.

Qualité perçue

La qualité d’une automobile est jugée de 2 façons par les acheteurs :

  • La qualité objective (fiabilité, résistance aux crash-tests, etc.)
  • La qualité perçue

Cette dernière a pris une place prépondérante dans l’acte d’achat. Ainsi les constructeurs automobiles consacrent-ils des efforts particuliers à cette qualité perçue, et prennent en compte cet axe dès le début de la conception des véhicules. Par exemple, une portière doit bien « sonner » lors de sa fermeture pour avoir l’air solide, sa résistance au crash tests n’est pas une données suffisante !

Le Cloud computing prend la même direction : l’IT fournit à ses clients des services valorisés selon l’axe de la qualité perçue. La complexité de l’IT est masquée, et seuls sont mis en avant les bénéfices perceptibles. Plus on monte dans les xaaS (IaaS, PaaS, SaaS, BPaaS), et plus la qualité perçue est importante. Par exemple, peu importe la technique pour rendre une application résiliente et « scalable », l’important est de s’engager sur le niveau de service rendu, et c’est ce que valorise l’utilisateur qui consomme du Cloud computing.

Cet exemple met en avant l’importance dans la constitution du catalogue des services pour le Cloud computing. De même que dans l’automobile, il est important

  • de connaître ses clients,
  • de savoir ce qu’ils valorisent,
  • d’exprimer le catalogue des services avec des termes qu’ils comprennent.

La qualité perçue sera au cœur de l’essor du Cloud computing, en prenant en compte non seulement les besoins, mais aussi la perception des utilisateurs. Et ceci va bien au-delà des problématiques techniques. Le fournisseur de Cloud computing doit par exemple développer des services de marketing, de commercialisation et de « relation clients ». Ceci est bien évidemment valable pour les fournisseurs de Cloud dit « public », mais c’est également valable pour les fournisseurs de Cloud « privés », la relation client-fournisseur s’opérant alors au sein de l’entreprise.

Matthieu Gross
Matthieu Gross est IT solutions Architect chez IBM. Il est chargé du Business Development pour les services d’infrastructure IBM Global Technology Services – secteur Finance

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Cloud Guru

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