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Gravitation : l’attraction inéluctable du Cloud
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Gravitation : l’attraction inéluctable du Cloud

by Cloud Guru22 janvier 2013

Les évolutions spectaculaires et de plus en plus rapide de l’informatique et des télécoms des dernières années amènent une question : où cela nous mène t-il ? Sommes-nous à la fin d’une période ou au début d’une nouvelle ? Cet article contient quelques pistes au travers d’innovations récentes pour comprendre dans quelle dynamique se situe le monde de l’informatique.

Nous vivons une époque extraordinaire

Entre son apparition il y a 200 000 ans environ et -5 000 av JC, l’homme n’a disposé d’aucun support réel de communication jusqu’à l’apparition de l’écriture. Puis il a fallu attendre 1453 pour qu’apparaisse le premier outil qui allait révolutionner la propagation de l’écriture : l’imprimerie. C’est au XIXème siècle que notre communication à distance va connaître son tournant le plus important avec l’apparition du télégraphe puis du téléphone. Il faudra attendre encore 1950 pour que le fax apporte plus de vélocité à nos échanges et c’est enfin au milieu des années 90 que notre façon de vivre et de travailler va connaître l’un de ses bouleversements les plus importants avec le développement généralisé et quasi simultané d’internet et de la téléphonie mobile. Depuis nous n’avons cessé d’améliorer la technologie notamment par l’accélération des vitesses de transmission d’un facteur 100 en quelques années.

Ainsi, nous sommes passés dans un temps relativement court à l’échelle de notre terre d’une évolution lente de nos outils s’étalant sur plusieurs milliers d’année vers une évolution extrêmement rapide. Nous avons la chance, nous, générations de ce temps, de connaître en une vie plusieurs révolutions technologiques d’affilée.

Les conséquences de cette vélocité accrue sont dans tous les domaines. Les architectes de Notre Dame de Paris, dont nous fêtons les 850 ans cette année, n’ont jamais vu leur œuvre aboutie alors qu’aujourd’hui il ne faut que quelques années pour construire la plus haute tour du monde.

L’erreur, c’est de ne pas anticiper

Sans être devin, mais avec l’idée de poursuivre une suite logique, nous sommes beaucoup à penser que ce cycle, loin de ralentir, va continuer à s’accélérer. Aussi, notre capacité à anticiper sur les changements, qui n’était autrefois que l’attribut des prophètes, devient aujourd’hui une nécessité managériale. Autrement dit, ne pas prévoir, c’est risquer de disparaître sous une vague de « Destruction Créatrice » comme l’a si brillamment expliqué Joseph Schumpeter dans la première moitié du XXème siècle.

En matière de photographie, Kodak savait business visionque le numérique finirait par prendre le pas sur l’analogique, mais l’erreur peut être fatale du géant américain fut de ne jamais croire que les photographes privilégieraient les avantages pratiques du numérique à la qualité de l’argentique. Et bien avant que le premier ne sût atteindre la qualité de la seconde, les utilisateurs avaient fait leur choix mettant l’entreprise dans l’impossibilité de réagir suffisamment rapidement pour conserver son leadership. Malheureusement, les exemples similaires sont nombreux et démontrent l’importance de l’anticipation.

Pour anticiper, il faut essayer de comprendre et, à partir de notre histoire, essayer de trouver quelques vecteurs dont l’application à la période actuelle nous permettrait de déduire ce que sera demain.

La force inéluctable de la gravitation

Ces forces vectorielles forment la gravitation, c’est à dire une attraction inéluctable à laquelle rien ne résiste comme un torrent qui, petit à petit, affale tout ce qui détourne son cours.

Le point de gravitation c’est l’ambition humaine d’amplifier sa puissance en augmentant deux paramètres : sa capacité à « calculer » (mauvaise traduction de « to compute ») et à communiquer. Ces deux là ne cessent de se répondre dans un cycle dialectique et construisent la tour de Babel de notre connaissance. Dans notre arène informatique, l’ordinateur a été inventé pour répondre à la première préoccupation, les réseaux puis internet à la seconde et l’imbrication des deux, dans le contexte du Cloud, amène à la fois de nouvelles formes d’intelligence et de communication.

C’est pour cela que la question concernant l’avènement du Cloud ne mérite même pas d’être posée. C’est une évidence car il s’inscrit dans la dynamique de cette gravitation. Demain, tout sera Cloud même si nos définitions du Cloud d’aujourd’hui sont probablement différentes de celles de demain.

Récemment, je discutais avec le fondateur d’une technologie qui pourrait un jour révolutionner nos vues sur l’infrastructure informatique. L’idée est de racheter à bas prix les capacités non utilisées de process et de stockage des ordinateurs qui existent partout dans le monde, chez nos clients ou ailleurs, pour constituer un gigantesque datacenter virtuel et totalement redondant afin d’en proposer les services à des coûts pratiquement nuls sur le marché. Une optimisation de l’espace informatique qui assimile le métier d’approvisionnement d’infrastructure à celui du banquier qui ne fait pas autrement avec notre argent.

Une seule question : combien de temps durera la transition ?

Ces forces gravitationnelles, comme je l’évoquais plus haut, peuvent rencontrer des obstacles : technologiques, comme la sécurité, la performance, l’accessibilité, et plus humains comme la méfiance, la peur ou l’ignorance.

Ce sont eux qui permettent de justifier des phases de transition. Et, de mon point de vue, le Cloud Privé appartient à cette catégorie. Il peut répondre à une préoccupation liée à la sécurité, la performance, et aussi constituer une phase rassurante pour les entreprises qui ont toujours été habitués à un rapport physique proche avec leur infrastructure informatique.

Mais que ceux qui s’engagent dans cette voie aient bien conscience qu’il ne peut s’agir que d’une transition. Comme je l’évoquais plus haut, les obstacles au Cloud Public ne résisteront pas au bénéfice économique qui sera de plus en plus à l’avantage de celui-ci, dans des proportions qui rendront difficilement justifiables le maintien d’une infrastructure « privée ».  Surtout lorsque les autres obstacles auront à leur tour été balayés.

La bonne question n’est donc pas de savoir si le Cloud Public est inéluctable ou non, car il l’est, mais quelle est la durée de cette transition?

J’ai conscience, à partir de ce point, de la fragilité de l’analyse qui ne peut reposer que sur mon expérience de cette industrie et mon intuition personnelle. Compte tenu des cycles de renouvellement de matériel, des durées d’amortissement des datacenters et des évolutions technologiques, nous parlons ici d’une vingtaine d’année avec un point de basculement (« Tipping Point ») qui se situe entre cinq et dix ans. Autrement dit, que vous soyez un client ou un intégrateur, une durée raisonnable à considérer pour un investissement dans un Cloud privé est probablement d’une dizaine d’années.

Dans notre rapport au temps qui s’accélère de génération en génération, dix ans c’est bien long. Mais ce sont les inerties de notre humanité qui nous ralentissent, et quand on se réfère à nos aptitudes au changement, dix ans, c’est bien court !

Laurent Glaenzer
Laurent Glaenzer est fondateur de Lemon Operations, opérateur de distribution européen spécialisé dans le recrutement et le management de revendeurs pour des sociétés dans l’informatique et les télécoms.
A ce titre, il a accompagné de nombreuses sociétés dans le développement de leur distribution, notamment dans le Cloud, qu’il s’agisse de grands acteurs comme IBM, Microsoft, Dell, SAP, HP,… et de sociétés de taille plus modeste voire de start-ups.
Laurent a 25 ans d’expérience dans l’informatique et a occupé des fonctions de dirigeant international chez HP et Autodesk.

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Cloud Guru

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