Now Reading
Au-delà de la réduction des coûts, l’intérêt du Cloud est bien dans l’apport de flexibilité
0

Au-delà de la réduction des coûts, l’intérêt du Cloud est bien dans l’apport de flexibilité

by Cloud Guru11 janvier 2013

abstract-cloud-1Où en sont les grandes entreprises ?

Si le changement de paradigme qu’est le Cloud touche toutes les entreprises, la façon dont celui-ci est appréhendé et exploité varie significativement que l’on soit une grande entreprise ou une petite PME.

Si une PME innovante peut rapidement exploiter les avantages énormes apportés par les cloud publics et le PaaS (Platform as a Service), toute autre est la situation d’une grande entreprise avec son patrimoine applicatif, ses investissements, son organisation souvent complexe, ses compétences et sa culture à gérer.

Pour les grandes entreprises, le Cloud n’est pas l’outil magique qui va résoudre tous les problèmes de l’IT, même si beaucoup le perçoivent encore comme cela, mais se révèle plutôt être «du sang et des larmes » pour paraphraser Churchill. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de valeur à adopter une démarche de Cloud, loin de là, mais en ce bas monde on n’a rien sans rien. Récolter des gains significatifs ne se fera pas sans un minimum de transformation à tous les niveaux.
Cet article se propose de donner quelques éclairages sur ces enjeux de transformation.

Quelles sont les motivations derrière leurs démarches Cloud ?

En pratique, on constate que les projets de Cloud en cours dans les grandes entreprises sont motivés par essentiellement deux objectifs : gagner en flexibilité et diminuer les coûts. Les autres considérations sont secondaires.

L’exemple des cloud publics a aussi fait passer l’idée que le Cloud devait par la même occasion simplifier l’IT, voire carrément faire disparaître « la Production ». De telles expectatives, que nous qualifierons d’optimistes, étaient courantes en 2010 et 2011. On constate dorénavant un retour à la dure réalité : la complexité est, certes technologique mais aussi, et surtout, dans les modes opératoires et l’organisation. Rien ne se passera donc sans un minimum de volonté de changer.

Ces changements s’adressent à l’IT en tout premier lieu, mais aussi, par ricochet, aux lignes métiers qui peuvent réinventer leur façon de travailler, voire leurs produits et leurs business models, en exploitant la rapidité de mise à disposition des ressources informatiques. On le comprend aisément quand on constate que la mise en oeuvre réussie d’un cloud privé permet d’avoir une application complète prête à l’emploi en quelques heures, au lieu d’attendre traditionnellement plusieurs semaines pour la mise à disposition de simples éléments d’infrastructure.

En ce milieu d’année 2012, on peut résumer la situation en disant que pour une grande entreprise, le Cloud est perçu comme le levier promettant des gains en flexibilité et en
coûts suffisamment alléchants pour se lancer dans une transformation rendue nécessaire par les pressions financières et économiques.

Par où commencent-elles ?

Si pour certains types d’applications, comme la messagerie, les gains espérés pour le Cloud sont assez facilement atteints avec des offres publiques de type SaaS (Software as a Service – logiciel en location prêt à l’emploi), il n’en est pas de même pour ce qui est des moyens informatiques internes que l’on voudrait garder privés.

Pour ces derniers, on se trouve face à une situation en général assez complexe : un parc de serveurs plus ou moins virtualisés, souvent hétérogènes. La tentation est grande alors de vouloir « cloudifier » l’ensemble en automatisant seulement les actes techniques, tout en évitant les vrais enjeux que sont la rationalisation et la standardisation. On évite aussi l’analysedu parc applicatif qui conduirait à une « cloudification » plus efficace mais moins facile d’abord car utilisant différents types
de cloud en fonction des spécificités applicatives.

Une autre tendance est de reproduire dans le Cloud ce qu’on a l’habitude de faire dans le monde « traditionnel », à savoir mettre en oeuvre des éléments d’infrastructure pour construire des plates-formes mises à disposition des clients internes.

Cette approche, qui est celle des services de type « IaaS » (Infrastructure as a Service), a le grand bénéfice de prendre les entreprises là où elles en sont d’un point de vue culturel et de leur mettre le pied à l’étrier. Elle est aussi sujette à un danger qui peut en annuler tous les bénéfices : celui de reproduire dans le Cloud la complexité de l’existant.

Qu’en est-il du « PaaS » dont on vante tant les mérites ?

Il faut tout d’abord définir de quoi on parle : actuellement le terme « PaaS » est utilisé pour décrire des réalités très différentes, allant du simple middleware installé sur une machine virtuelle (qui est de l’IaaS stricto sensu), à des extensions de platesformes SaaS, en passant par du middleware élastique prêt à l’emploi ou des environnements de développements intégrés.Quand on utilise ce terme il faut donc bien faire préciser quelle réalité il recouvre.

La valeur du PaaS tient dans le fait d’abstraire l’infrastructure pour offrir des services plus proches des besoins des métiers, c’est-à-dire du middleware et des plates-formes de développement prêts à l’emploi. C’est cette valeur pour les métiers qui fait dire que le PaaS devrait être dominant à moyen terme.

Comme on l’a vu, les entreprises n’en sont pas là dans leur grande majorité. Un des enjeux d’une démarche Cloud, entamée par la fourniture de services IaaS, est d’intégrer le PaaS dans sa stratégie. La mise en oeuvre de PaaS peut se faire de manière évolutive à partir de services IaaS, ou bien faire intervenir des technologies plus disruptives.

La capacité à s’éloigner des problèmes d’infrastructure, les plates-formes utilisées par les usines de développement, l’adaptabilité au changement et la trajectoire de transformation permettront de déterminer la capacité d’une organisation à adopter le PaaS. Plus cette adoption se fera tôt, plus la valeur du Cloud sera grande, mais plus grands seront aussi les changements.

Concilier le meilleur des modèles privés et publics

Si tout le monde s’accorde à penser que l’hybridation privé/ public sera la norme à terme, ce qui est le simple aveu qu’un seul type de Cloud ne peut répondre à tous les besoins, on constate une multiplication des variantes de Cloud privé.

Ces variantes, qui sont en forte demande depuis fin 2011, essayent de concilier le meilleur des modèles reconnus que sont le Cloud privé et le Cloud public: bénéficier du modèle financier et de la simplicité apparente du Cloud public tout en gardant la sécurité, la flexibilité et le confort d’une infrastructure privée.

Cette différentiation se fait autour de plusieurs options : l’hébergement et la gestion pour l’essentiel, mais aussi l’utilisation de services Cloud spécialisés pour les besoins de PRA (Plan de Reprise d’Activité) et d’archivage. Conceptuellement, un Cloud privé n’est plus nécessairement à l’intérieur du firewall, il peut être géré par un tiers et peut faire appel à des services de Cloud public pour sa mise en oeuvre.

La recherche du modèle financier du Cloud public n’est pas toujours réaliste. D’un côté, on veut bénéficier du paiement à la consommation, d’aucun budget d’investissement, d’aucun engagement de volume, de prix liés à des infrastructures massivement mutualisées et des services hautement standardisés. De l’autre, on n’accepte aucun compromis sur l’hébergement, les choix technologiques d’infrastructure, la standardisation des services et la sécurité.

Sur ce point les entreprises devront revenir à la réalité : on n’aura jamais dans un cloud privé l’efficience d’un cloud public. C’est bien ce qui fait dire aux puristes qu’un cloud privé n’est pas du Cloud.

Difficile transformation

Tirer tous les bénéfices attendus du Cloud nécessite une vraie transformation qui doit prendre en compte les aspects technologiques bien sûr, mais aussi, et surtout, les modes opératoires, la culture, l’organisation et les compétences. Cela n’est jamais facile.

En effet, comme dans tous les domaines, le plus difficile est de changer les habitudes et les mentalités. Dans la grande majorité des cas, la culture IT reste orientée vers la fourniture d’infrastructures. Il s’agit ici d’effectuer une transition vers une culture orientée vers la fourniture de services, et qui plus est, de services à plus forte valeur ajoutée pour les métiers. En d’autres termes, il faut que l’IT se tourne davantage vers ses clients et «monte dans les couches ».

Standardiser est une étape nécessaire. Sans standardisation et sans la simplification qu’elle apporte, « cloudifier » peut se révéler pire que le mode de fonctionnement existant. Elle doit impliquer l’IT et ses clients et se formaliser autour d’un catalogue de service. L’état de la démarche de standardisation est un bon indicateur de la capacité d’une organisation à entamer une démarche de Cloud. Standardiser peut être rapide sur des projets tactiques adressant des besoins ciblés. Dans une démarche plus globale, c’est typiquement une affaire de plusieurs années.

Il faut aussi prendre conscience que plus on cherchera de l’efficience et de la valeur ajoutée dans un cloud plus on perdra du contrôle, notamment au niveau de l’infrastructure et des modes opératoires. Par exemple, une appliance PaaS apporte
rapidement une grande valeur ajoutée, mais c’est aussi une boîte noire qui impose un certain nombre de choses. Ce constat est encore un virage difficile à négocier pour des populations habituées à tout maîtriser.

Du côté des modes opératoires, une attention spéciale doit être donnée à la révision des processus de mise à disposition d’infrastructure auprès des clients internes. Il s’agit bien ici des processus pris de bout en bout, c’est-à-dire faisant intervenir le client lui-même. En effet un des gains importants de productivité apporté par un cloud est de mettre le catalogue de service directement face aux utilisateurs finaux. On évite ainsi toutes les inefficiences liées à la gestion de l’interface IT/clients. Or, la tentation est grande de ne considérer le Cloud que comme un moyen d’automatiser des séquences d’actes techniques sans revisiter l’interface IT/client qui est source de changements plus profonds.

Enfin, les changements de modes opératoires peuvent avoir des conséquences importantes sur l’organisation IT et les compétences. Ils vont tendre à intégrer horizontalement les silos technologiques en éliminant les tâches manuelles répétitives et
à faible valeur ajoutée. C’est le point qui génère, on peut le comprendre, le plus d’inquiétude et le plus de résistance de la part des populations IT. Ainsi, une démarche de Cloud ne pourra être mise en oeuvre avec succès qu’avec un appui fort des décisionnels.

Qu’en conclure pour les prochains mois ?

Pour beaucoup de grandes entreprises l’avenir du Cloud dans les prochains mois peut se résumer à quelque chose d’assez simple : il va falloir prendre des décisions et sauter dans le bain ! Devant les enjeux et les risques associés, il y a, c’est normal, beaucoup d’hésitations et d’atermoiement. La valeur est mieux comprise, les enjeux sont mieux cernés, on aimerait y aller mais qu’il est dur de trouver la bonne trajectoire d’adoption !

Les entreprises comprendront aussi peut-être dans les prochains mois qu’on ne peut pas faire du Cloud avec comme seul objectif la réduction des coûts. Quand bien même une entreprise serait entièrement « cloudifiée » sur des clouds publics, s’il n’y a pas un minimum de gouvernance, elle finira par payer pour des services qu’elle n’utilise pas. Et le prix de ces services finira par augmenter une fois la phase de capture de marché passée. Comme cela se passe actuellement avec les contrats logiciels.

Au-delà de la réduction des coûts, l’intérêt du Cloud est bien dans l’apport de flexibilité. Il est aussi, rêvons un peu, dans la compréhension qu’on a là une formidable opportunité de mettre en place une bonne gouvernance des moyens informatiques.
Car enfin, quand on entend une entreprise donner un taux de croissance annuel à deux chiffres du nombre de ses serveurs, il est tout de même surprenant d’avoir pour seule réponse un grand blanc quand on demande à quoi tant de serveurs peuvent bien servir.

Dominique Lacassagne
Dominique est responsable technique du Cloud pour la division logicielle d’IBM France. A ce titre il a participé à de nombreux projets de Cloud dans différentes industries et a développé une expertise sur la transformation du datacentre. Il a quinze ans d’expérience dans les métiers de l’IT au sein de startups et de grandes entreprises. Son expérience de la production informatique lui permet d’appréhender avec pragmatisme les opportunités apportées par les nouvelles technologies et d’en tirer au mieux les bénéfices. Il a participé aux travaux de normalisation du Cloud.

{lang: 'fr'}
About The Author
Cloud Guru

Vous souhaitez réagir sur cet article ?