Now Reading
Aider les PME et ETI à croitre aussi bien que les start-up
0

Aider les PME et ETI à croitre aussi bien que les start-up

by Cloud Guru3 mai 2017

Gilles Toulemonde, PDG et co-fondateur d’Inova Software, livre une tribune libre consacrée aux PME et ETI. Selon lui, elles mériteraient la même attention des pouvoirs publics que les start-up, afin de dynamiser l’économie française.

Avec 590 tours de tables en 2016 (source : DealRoom), la France est devenue la première destination européenne  des  capitaux  risques.  Plus  de  2,7  milliards  d’euros  ont  été  investis  dans  les  start-up françaises ; un chiffre multiplié par six en cinq ans. Un résultat unique en Europe et spectaculaire, que nous  devons  aux  entrepreneurs  et  aux  politiques  publiques  de  ces  vingt  dernières  années.  Mais parallèlement, la France peine toujours à créer des entreprises de plus de 250 salariés (ETI) : 4 794, contre 12 600 en Allemagne, 10 500 au Royaume-Uni et 8 000 en Italie d’après l’organisation patronale Asmep ETI.  Pourtant,  les  politiques  ayant  conduit  aux  succès  dans  la  création  d’entreprises  pourraient  être
appliquées à la croissance des PMEs. L’enjeu est de taille. Le poids des ETIs n’a rien de symbolique. Elles représenteraient 20 à 30% du PIB, un tiers de l’emploi industriel et auraient créées 80 000 emplois entre 2009 et 2013, quand les grands groupes en détruisaient 60 000 d’après l’organisation patronale Asmep-ETI.

En matière de création d’entreprises innovantes, les politiques publiques françaises récoltent les fruits de leur  travail.  Elles  ont  été  volontaristes  et  efficaces  :  renforcement  du  dispositif  du  Crédit  d’Impôt Recherche rendant la France hyper compétitive en matière de financement de la recherche (indispensable pour les entreprises innovantes), création du statut de Jeune Entreprise Innovante qui exonère une grosse partie des charges patronales sur les chercheurs les premières années, création de la Banque Publique d’Investissement  pour  accroitre  l’accès et  la  lisibilité  aux  ex-agences  ANVAR/Oséo  et  aides  à  l’export (COFACE).  Ces  aides  ont  un  réel  impact  financier  dans  les  premières  années  fragiles  de  la  vie  d’une entreprise. Pour évaluer cet impact, je me suis intéressé aux flux financiers entre les administrations publiques et notre entreprise (innovante, en croissance, 40 salariés en France). Une entreprise paye des charges sociales, des taxes (handicap, formation…), collecte de la TVA et s’acquitte d’un impôt sur les sociétés quand elle est bénéficiaire. Elle contribue ainsi au financement du système de santé, d’assurance chômage, des retraites, de la formation continue… Logiquement, le flux financier entre une entreprise et les administrations publiques doit donc être largement en faveur des administrations publiques… Dans le cas de notre entreprise, en cumulant toutes les aides citées plus haut, le flux financier était en faveur de l’entreprise les cinq premières années. Nous avons même un solde de 5 000 euros sur cinq ans. En d’autres termes, cela reviendrait à dire que pendant cinq ans, nous n’avons payé aucune cotisation, contribué à aucune charge publique et que nous avons même reçu un chèque de 5 000 euros. Une politique très favorable donc pour la start-up que nous étions.

Un retour rapide (trop rapide) à la normalité

Mais dans notre cas, le retour à une contribution « normale » a été difficile à gérer car beaucoup trop rapide. J’ai poursuivi l’analyse des flux financiers entre les administrations publiques et notre entreprise sur  les  dix  années  suivantes.  Au  total,  nous  avons  reversé  10  millions  d’euros  aux  administrations publiques. Surtout, entre 2007 et 2009, alors que nous connaissions une forte croissance, nos charges augmentèrent deux fois plus vite que notre masse salariale. Sur cette période, nous sommes sortis du statut de Jeune Entreprise Innovante et avons passé le seuil des vingt salariés à partir duquel beaucoup de taux de charges sont revus à la hausse. Ces effets de seuil ont fragilisé le difficile financement de notre croissance. Une augmentation de capital, puis une acquisition nous permettront de passer ce cap. A noter, que  ces  effets  de  seuil  auraient  pu  être  encore  plus  importants  si  nous  avions  atteint  les  50 salariés (Comité d’entreprises, taxes supplémentaires…).

Il y a un contraste très important entre la phase de « start-up » et celle de « jeune PME ». Pourtant entre 20  et  100  salariés,  nos  entreprises  innovantes  sont  souvent  en  pleine  croissance  et  financièrement fragiles.  Une  augmentation  plus  progressive  des  charges  pour  tendre  vers  le  niveau  des  entreprises « établies » permettrait aux entreprises innovantes d’atteindre plus vite et surtout plus souvent des tailles importantes  et  très  créatrices  d’emplois.  Cela  permettrait  de  combler  le  retard  français  en  nombre d’Entreprises de Taille Intermédiaires (ETI).

S’il faut bien évidemment se réjouir du nouveau statut français de champion européen de la création d’entreprises  innovantes  et  saluer  les  politiques  publiques  des  vingt  dernières  années,  il  ne  faut  pas oublier d’aller plus loin. Appliquons à la croissance des PMEs, le même volontarisme politique que celui appliqué à la création d’entreprises innovantes et je suis convaincu que nous pourrons combler notre retard en matière d’ETI et créer un boom économique dans notre pays.

Gilles TOULEMONDE.

 

Pour nous contacter sur ce sujet :

Vos nom et prénom (obligatoire)

Votre email (obligatoire)

Votre téléphone (facultatif)

Votre entreprise (obligatoire)

Votre demande

{lang: 'fr'}
About The Author
Cloud Guru

Vous souhaitez réagir sur cet article ?