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A priori N°6 : Avec le Cloud, les applications locales ne sont plus nécessaires
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A priori N°6 : Avec le Cloud, les applications locales ne sont plus nécessaires

by Cloud Guru7 décembre 2011

Dans ce 6ème chapitre de l’ouvrage : « Des Nuages au Soleil » 10 a priori sur la distribution dans le Cloud Computing de Laurent Glaenzer (Lemon Operations). L’auteur fait le point sur l’utilité des applications locales dans un contexte Cloud.

Depuis près de 3 ans, on nous présente une informatique dont les applications sont directement accessibles par la fenêtre du navigateur. A croire qu’il suffit d’un simple terminal équipé de Firefox, Safari, Chrome, Explorer ou autres pour accéder à son informatique.

Mais comment expliquer que pendant la même période, jamais autant d’applications locales n’ont été téléchargées, jamais autant d’ordinateurs et tablettes n’ont été vendus.

Phénomène d’inertie ou renforcement d’un équilibre entre ce qui est central et ce qui est local ?

Quelques pistes pour répondre.

Une fenêtre sur le monde

Jack est un entrepreneur né. Il en est à sa troisième entreprise : de l’import de meubles en provenance d’Afrique du Sud qu’il revend au grand public sur internet. Mais pour cette nouvelle aventure, Jack prend une décision radicale : pas d’informatique. En fait, il veut dire : pas d’infrastructure informatique. Créer tout dans le Cloud. Faire de l’e-commerce dans ces conditions c’est un pari audacieux mais à force de recherches, de tests et de comparaisons, il parvient à établir sa structure opérationnelle.

Pour son site, il fait le choix de Magento Go, Freshbooks pour sa comptabilité, MailChimp pour son e-marketing, Highrise pour son CRM, GoogleApps pour sa messagerie et Zoho pour sa bureautique.

Ainsi, où qu’il se trouve, dès lors qu’il accède à internet, Jack peut gérer son entreprise faisant ainsi l’économie d’une infrastructure informatique coûteuse et compliquée.

Dans un pays comme la France, 99% du nombre d’entreprises ont moins de 10 salariés.  Beaucoup d’entre elles rêvent de copier le modèle de Jack qui leur donnerait «tout d’une grande» sans en avoir les contraintes. Tous les jours, des solutions apparaissent qui multiplient les offres dans ce domaine. Tous les jours, de nouvelles sociétés se créent pour couvrir ce marché.

Alors, est-ce là l’émergence d’une nouvelle informatique qui s’adresse prioritairement aux petites structures mais qui demain, maturité gagnant, intéressera aussi les grandes ?

Mais alors, comment expliquer qu’il se vende toujours autant de plateformes individuelles ( PC/ Mac, Tablettes, Smartphones ) ?

 

La symétrisation de l’informatique

Non seulement il ne s’est jamais vendu autant de plateformes individuelles mais celles-ci n’ont pas arrêté la course à la puissance. Disques SSD, processeurs plus rapides, mémoires vives plus importantes, processeurs graphiques plus intégrés…On disait il y a quelques années déjà que la puissance informatique d’un seul micro-ordinateur était équivalente à celle de la totalité des ordinateurs de la NASA au moment où celle-ci avait envoyé une fusée sur la Lune ( ce qui fait peur rétrospectivement pour les astronautes qui l’habitaient ! ) mais cette même puissance se retrouve maintenant dans une simple tablette.

Cette course technologique est d’autant plus affolante qu’elle est amplifiée par le nombre de plateformes dont nous nous équipons. Contrairement à une idée trop rapidement véhiculée, les tablettes ne remplacent que rarement les micro-ordinateurs, le plus souvent elles les complètent. Il n’est donc pas rare qu’un utilisateur soit équipé d’un PC/Mac, d’une tablette, d’un SmartPhone,… sans parler des autres appareils connectés de son foyer : la télévision, la radio, le réfrigérateur, l’alarme, etc…

Ainsi, au moment même de l’avènement du Cloud qui semble opérer un mouvement de centralisation de l’information et des applications, se produit un paradoxe déconcertant : jamais autant de puissance informatique n’a été mise entre les mains des utilisateurs ! Nous assistons donc à un phénomène de «symétrisation» de l’informatique comprenant deux centres de gravité : le premier étant central et qui poursuit une spirale de concentration, le second étant local, au niveau de l’utilisateur, et qui continue sa spirale inverse de dispersion !

En réalité deux visions du monde s’affrontent que nous appelons symboliquement «la vision Google» et «la vision Apple». Il ne s’agit pas ici de labels officiels des deux entreprises, mais notre interprétation de leurs développements.

 

Deux visions complémentaires du Cloud dont chacune a ses avantages et ses inconvénients.

Pour Google, l’informatique doit être totalement hébergée dans le nuage. Toutes les applications sont accessibles au travers d’un navigateur – Chrome de préférence – qui devient ainsi et sans mauvais jeu de mots, la nouvelle fenêtre sur son informatique. Les avantages étant, comme nous l’évoquions au travers de l’exemple de Jack, l’absence totale d’infrastructure et l’ubiquité dans l’espace et dans le temps de l’accès à l’information.

Elle présente aussi quelques inconvénients majeurs.

Premièrement, en dépit des efforts des opérateurs et des gouvernements pour assurer une couverture internet à 100%, il reste encore du chemin à parcourir. Tous ceux qui prennent régulièrement le TGV en font les frais en dépit des vœux affichés par la SNCF. La «ville numérique» qui nous est promise avant chaque élection municipale est encore balbutiante : à quand l’accès Wifi pour tous et partout ? dans le bus ? dans le métro ? dans tous les lieux d’attente ? Et notre propos ici n’est pas de jeter l’opprobre sur nos responsables politiques mais d’admettre simplement que la couverture internet à 100% reste un vœu pieu. Or, dans la vision de Google, pas d’internet égale pas d’informatique. Pour répondre à cette problématique, l’entreprise propose des pis-aller comme «Gear» et qui n’est ni plus ni moins qu’une application locale qui se synchronise automatiquement lorsque l’ordinateur est connecté. Il est possible dans l’avenir que la généralisation d’HTML5 favorise l’éclosion d’applications qui faciliteront cette possibilité.

Deuxièmement, les accès entrée-sortie des applications sont moins rapides sur internet qu’en local. Si vous utilisez un tableur en ligne, par exemple, vous constaterez une certaine latence par rapport à une application locale qui, multipliée par le nombre d’interactions, peut vite devenir pesante. Ceci est la conséquence directe de l’encombrement du réseau soit au niveau central soit au niveau local ( même à la maison lorsque vous partagez votre connexion wifi entre plusieurs membres de la famille et que celle-ci est aussi sollicitée pour la télévision, la radio ou autre ). Et là encore c’est un problème qui offre peu de solutions satisfaisantes ou simples à mettre en place.

Apple propose une autre approche : le maintien des applications locales et la synchronisation dans le nuage. En effet, pour être performantes les applications doivent être résidantes sur la plateforme. C’est pourquoi l’entreprise multiplie les efforts pour les rendre accessibles facilement pour les utilisateurs à des standards de prix qui les rendent encore plus attrayantes. D’où le succès de l’iPhone avec ses milliards de téléchargements, de l’iPad qui donne de nouvelles possibilités à l’iOS ou de l’ouverture encore récente de l’AppStore sur Mac OS dont on dit qu’il pourrait inspirer un autre «application store» sous Windows 8.

Pour répondre aux besoins légitimes d’ubiquité au travers des plateformes, le mot magique est «synchronisation». Ainsi, si vous commencez un texte sous Pages ( le traitement de texte de Mac ) avec votre MacBook, et que vous souhaitiez faire des modifications avec votre iPad ou encore à partir d’un Café internet, vous pourrez le faire de façon totalement transparente grâce aux fonctionnalités à venir d’iCloud ou, dans le cas présent, en utilisant un service comme Dropbox. Totalement automatisée, la synchronisation copie «dans le nuage» le travail que vous effectuez, vous permettant ainsi d’y accéder à partir de n’importe quel endroit et n’importe quelle plateforme.

Les atouts de cette solution sont loin d’être négligeables : performances optimisées en fonction de la plateforme et utilisation permanente même sans connection internet ( sauf pour la synchronisation naturellement ).

En revanche elle présente aussi des handicaps majeurs.

  • Elle implique que chaque plateforme soit équipée d’une version compatible de l’application.
  • Elle génère une duplication massive des données. Ainsi, un document pourra se retrouver copié sur le Mac, l’iPad, l’iPhone. S’il est partagé avec d’autres utilisateurs, via Dropbox par exemple, alors le nombre de copies est d’autant multiplié. Ainsi, il deviendra fréquent qu’un même document se retrouve copié plus de 10 fois sur différentes plateformes de différents utilisateurs.

En résumé, c’est la quadrature du cercle. Il n’existe pas de solution parfaite à la question de l’ubiquité de l’accès aux applications et aux données. Mais il est probable que pendant longtemps encore les utilisateurs continueront de naviguer entre ces deux approches.

Cohabiteront ainsi :

  • des applications locales qui nécessitent des plateformes d’accès intelligentes
  • des applications «dans le nuage» accessibles par des terminaux passifs.

 

Quelques pistes pour accompagner les clients.

Pour des utilisateurs en situation de mobilité fréquente et/ou requérant des performances d’application optimum en entrée/sortie, on recommandera plutôt «l’approche Apple».

Pour des utilisateurs qui sont toujours connectés et/ou travaillant souvent en mode collaboratif, on préconisera d’avantage «l’approche Google».

Ce sont là des règles bien fragiles et en réalité il appartiendra au client de prendre sa décision en fonction d’alternatives qui pourront lui être proposées par son VAR, son intégrateur ou son ISV.

Aussi, voici quelques recommandations pour ces derniers.

Premièrement, de développer une veille importante sur les nouvelles solutions applicatives en ligne ou locales qui peuvent être proposées. Rarement le marché n’a été aussi actif qu’en ce moment, d’autant plus que les systèmes d’exploitation se multiplient : iOS, Androïd, webos ( s’il survit ), Windows Phone, etc…

Deuxièmement, certains sujets connaissent une forte actualité et parmi ceux-ci : la synchronisation qui est indispensable dans la «vision Apple». Le succès de Dropbox* ou Box.net démontre qu’il y a un marché important qui est loin d’être saturé, surtout en B2B. VMware vient d’ailleurs d’annoncer son projet Octopus dont l’ambition est d’en faire un «Dropbox pour l’entreprise».

Troisièmement, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour les partenaires, le parc informatique par utilisateur ne cesse pas de croître. Le terminal universel qui répondrait à toutes ses attentes n’est pas à l’ordre du jour et nous évoluons rapidement vers une situation où chaque utilisateur sera équipé de 3 plateformes ayant des capacités applicatives propres : le micro-ordinateur, la tablette et le smartphone. D’ici 3 ans, les micro-ordinateurs ne représenteront plus que 20% des accès à Internet. Et l’intégration de l’ensemble nécessitera pendant longtemps encore la compétence technique de professionnels de l’informatique.

(*) La valorisation boursière de Dropbox se situe autour de 5 Milliards de $, ce qui n’est pas mal pour une entreprise créée en 2007 et qui ne comprend à son actif que moins d’une centaine d’employés…

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