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A priori N° 4 : Pas de place pour les services IT dans le Cloud
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A priori N° 4 : Pas de place pour les services IT dans le Cloud

by Cloud Guru18 novembre 2011

Dans ce 4ème chapitre de l’ouvrage : « Des Nuages au Soleil » 10 a priori sur la distribution dans le Cloud Computing de Laurent Glaenzer (Lemon Operations). Il est question de la place des services IT dans un contexte Cloud… 

Dans la majorité des cas, le lancement d’une application en Cloud s’associe à l’idée d’une solution clé en main directement utilisable sur le web sans développement, sans installation avec une courbe d’apprentissage très courte. Dès lors, les VAR et les intégrateurs sont en droit de s’interroger sur la place d’une expertise qu’ils ont développée au cours des 30 dernières années.

A y regarder de plus près, sommes-nous enfin en train de construire un système d’information simplifié ? et si oui, quelle place pour les services informatiques ?

 

Vers un monde plus fermé

SAP est certainement l’entreprise qui a référencé le plus grand nombre de process opérationnels d’entreprise au niveau mondial. Fort de cet acquis, la société souhaite prendre une position forte dans le Cloud et lance Business By Design. Elle a identifié un certain nombre de process financiers, RH, commerciaux ou comptables et les a «fermés» dans des modules clé-en-main auxquels on peut souscrire directement sur internet avec un modèle de prix somme toute relativement agressif à partir de 133€ par mois et par utilisateur ( à ce jour ). La cible de cette offre concerne principalement les PME facilitant ainsi l’expansion de l’entreprise vers un segment à la fois plus bas et plus étendu.

Les débuts de la commercialisation de cette offre, lancée il y a près de 3 ans, s’avèrent assez laborieux. Outre la maturité fonctionnelle du produit, il semble que les partenaires existants ne soient pas très enthousiastes à diffuser une offre qui ne correspond pas vraiment à leur modèle de business. A telle enseigne que l’entreprise décide d’isoler l’offre et de reconstruire un réseau de partenaires dédiés dont certains sont issus du réseau SAP existant et d’autres, probablement la majorité, sont de nouveaux partenaires pour SAP issus du mode de la gestion comptable et tournés vers les PME. Ainsi, l’entreprise allemande peut maintenir l’élan de ses partenaires traditionnels sur des offres en licence ( qui tirent encore aujourd’hui l’essentiel de la croissance ) tout en étendant son périmètre de couverture tant au niveau des partenaires que des clients.

Cet exemple met en avant le malaise de certains partenaires ayant une vocation forte au développement, à l’intégration logicielle et matérielle de solutions informatiques. Et cet exemple est loin d’être isolé, il est quasi généralisé. Il laisse aussi transparaître une certaine philosophie du Cloud. En effet, si nous sommes dans un mode «multi-tenant» c’est à dire avec une seule instance de logicielle qui fonctionne de façon centralisée pour un grand nombre d’entreprises et un grand nombre d’utilisateurs, la place à l’individualisation de la solution s’en trouve nécessairement réduite.

Autrement dit, ce n’est plus à la solution de s’adapter à l’utilisateur mais à l’utilisateur de s’adapter à la solution. Et cette approche n’est pas anti-commerciale. Après tout, la grande majorité des entreprises rencontrent les mêmes types de problème, ont des process similaires, des modes opératoires très semblables. Pourquoi alors réinventer la roue à chaque fois ? C’est ce qu’ont très bien compris des entreprises comme SalesForce dans le CRM avec le succès que l’on connaît. D’autant plus que de se plier à des process pré-établis conduit dans la majeure partie des cas à des économies considérables. Tous ceux qui ont déployé des ERP et des CRM il y a 10 ans peuvent en témoigner…

Alors, évoluons-nous vers une informatique packagée, uniformisée, prête à l’emploi  et enfin vidée de sa dimension ésotérique ?

 

Un monde plus simple vraiment ?

Imaginons les composants principaux du système informatique d’une entreprise de taille moyenne pour les prochaines années.

  • Des applications locales de type bureautique qui tournent sur des PCs de bureau et portables
  • Des applications dédiées de gestion ou de production, historique de l’entreprise qui avaient été développées il y a plusieurs années mais qui sont encore correctement dimensionnés pour les besoins de l’entreprise.
  • Des applications récemment mises en place pour les commerciaux qui tournent sur des iPad sous iOS
  • Des applications de suivi de notes de frais qui tournent sur SmartPhone sous Androïd
  • Une solution de gestion de projet collaborative qui tourne sur un Cloud Privé
  • Une solution de BPM développée sous Force.com qui permet à chaque utilisateur de configurer son tableau de bord
  • Une solution de messagerie collaborative de type Google Apps qui fonctionne sur un Cloud public
  • Une solution de synchronisation des applications permettant aux utilisateurs de retrouver leur données sur leur tablette en situation de mobilité et sur leur ordinateur lorsqu’ils sont de retour à leur bureau, de type DropBox mais avec des fonctionnalités de droits d’accès hiérarchisés
  • Une solution de Managed Print Services pour gérer et optimiser l’ensemble du parc d’impression et de numérisation de l’entreprise
  • Un CMS tournant sur un Cloud hybride pour gérer le contenu du site internet
  • Une solution de sauvegarde interne avec mirroring externe comprenant différents niveau de versioning et d’historique en fonction du type d’application et d’utilisateur

Contrairement à ce que nous entendons parfois, le paysage informatique de l’entreprise n’est pas en train de se simplifier mais devient au contraire de plus en plus hétérogène.

Cette situation n’aurait rien d’exceptionnel. Au contraire, il est assez probable qu’elle se généralise. Les systèmes d’information ne cessent de stratifier des couches applicatives et des systèmes d’exploitation dont la conception n’a pas été pensée pour l’intégration dans un environnement hétérogène.

Dans le détail, la situation peut devenir encore plus complexe. Par exemple, un CRM et une comptabilité en ligne ne s’intègrent pas toujours facilement, parce qu’ils ont été conçus avec des langages différents sur des plateformes différentes. C’est d’ailleurs un problème soulevé par un certain nombre d’organisations qui déplorent l’absence de normalisation des applications dans le Cloud. Impossible donc de retrouver l’historique de facturation d’un client directement à partir du CRM à moins d’avoir développé une API spécifique ce qui n’est pas à la portée de tout utilisateur.

On le voit bien, le service informatique est loin de disparaître mais il va certainement muer vers de nouvelles formes.

Un système d’information devient de plus en plus comme un Lego. Ainsi, l’expertise technique portera moins sur la conception de chaque élément que sur l’assemblage d’un modèle homogène et bien articulé. L’exécution d’un tel service requiert des compétences relativement différentes : à la connaissance spécifique d’un langage de programmation comme le C ou le HTML se substitue progressivement la maîtrise holistique du système d’information comprenant les réseaux, les langages de programmation, les applications et leurs API et les telecoms. Ce qui peut présenter un défi pour certains partenaires car de telles resources ne sont ni abondantes ni bon marché.

Mais au final, c’est plutôt une bonne nouvelle pour les VARs «techniques» dont la part des revenus issus du service pourrait augmenter au détriment des revenus liés à la revente de licence ou d’infrastructure matérielle.

 

Quelques pistes pour réussir dans le service informatique.

La première recommandation pour les partenaires «techniques» consiste à élargir leur horizon. Il deviendra de plus en plus difficile de survivre en étant le héraut d’une seule application ( à moins d’en être l’éditeur naturellement ). C’est le bon moment pour élargir son offre produit, pour s’intéresser aux tablettes, aux smartphones, aux applications en ligne,…à toutes ces briques de Lego qui vont faire l’informatique de demain. C’est le métier d’une société comme Lemon Operations que d’aider les partenaires en ce sens, d’identifier leurs fournisseurs de demain voire de négocier avec eux de bonnes conditions de commercialisation, en France comme à l’étranger et notamment aux Etats-Unis.

La seconde recommandation consiste à s’intéresser aux solutions qui facilitent l’intégration des applications. Des sociétés comme RunMyProcess, Cast Iron ( récemment acquise par IBM ) ou Axway présentent à cet égard des solutions intéressantes qui constitueront de plus en plus le fer de lance du système d’information.

La troisième recommandation porte sur la diversification des compétences, comme nous l’évoquions dans le paragraphe précédent, qui pourra se faire soit par l’intégration de ressources plus polyvalentes soit par une coopération accrue et coordonnée entre des ressources ayant des spécialités complémentaires ( ce qui pourrait même justifier des fusions ou des acquisitions ).

Enfin la quatrième et peut être la plus importante recommandation est d’associer des compétences techniques informatiques avec des compétences plus opérationnelles tournées vers le métier. Par exemple, l’association d’un architecte système et d’un consultant en gestion commerciale pourrait apporter au client la réponse à la question qu’il pose sur sa capacité à trouver de nouveaux clients. C’est une tendance forte qui s’accroît avec le Cloud car l’utilisateur opérationnel devient de plus en plus décideur tout en laissant à la direction informatique la responsabilité de la cohérence de l’ensemble.

Ainsi le partenaire technique pourrait s’instituer en «hub informatique» au centre de différents pôles métiers qui peuvent être internes ou externes à l’entreprise. Cela a été le choix de l’entreprise américaine StrategicSaaS, revendeur informatique de solutions SaaS, qui a constitué un réseau de consultants métiers en free-lance, chacun spécialisé dans un domaine particulier ( finance, RH, Gestion commerciale, production,…) et assurant la commercialisation des offres tandis qu’elle en assure le service informatique.

Là encore, c’est la créativité et la capacité à anticiper les attentes des clients qui feront les leaders de demain.

A lire également
1er a priori : La distribution n’a pas sa place dans le Cloud.
2ème a priori : la rémunération des partenaires est un problème.
3ème a priori : au fond, le cloud computing, c’est du marketing.

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